Il était temps que je vous propose un nouveau « Mince alors… » ; celui-ci nous emmène à l’école, un sujet qui m’intéresse depuis mon mémoire de fin d’études. Je vous propose de nous pencher sur le certificat d’études primaires, un sujet sur lequel vous pourriez me laisser disserter sur des pages. Je vais donc réduire la question du jour un problème très étroit : à quel âge votre aïeul a-t-il pu passer le certificat d’études primaires ? En effet, avant d’envisager une recherche faut-il encore savoir quelle année va vous intéresser.
Deux points d’attention avant de commencer, puisque le certificat d’études est en réalité mal connu. En premier lieu, il est très compliqué de parler d’un certificat d’études tant il a changé au fil des réformes durant son existence, même la fameuse dictée n’a rien à voir entre le début et la fin de son histoire. Des épreuves passent de l’oral à l’écrit au fil du temps (l’histoire par exemple), certaines matières ne sont pas les mêmes selon les chefs-lieux de canton et le sport n’arrive que bien tardivement… En second lieu, il faut bien identifier les deux niveaux de certificat, en effet, ici je vais vous parler du certificat d’études primaires élémentaires, mais il est possible que votre aïeul ait passé le certificat d’études primaires supérieures qui se passe plus tardivement.
I - Les premier temps : un âge
crucial qui interroge sur le rôle de C.E.P.
Commençons par une mauvaise nouvelle, l’âge auquel on pouvait se
présenter n’a cessé d’évoluer entre la mise en place du premier certificat
(1866 – Victor Duruy) et l’abrogation en 1989. À ses débuts il est possible de s’y
présenter à l’âge de 11 ans. Le
certificat fait alors son chemin. Si vous cherchez votre ancêtre, vous pourriez
avoir quelques difficultés sur les années 1871/72, où les événements politiques
et militaires ont empêché dans de nombreuses communes le passage de l’examen.
Avec les grands bouleversements liés aux lois scolaires, l’âge du
certificat d’études est déplacé à 12 ans
en 1880. Attention, pour savoir si votre aïeul a pu y être présenté il faut
connaître sa date exacte d’anniversaire, car il s’agit d’avoir 12 ans au premier octobre de l’année de
l’examen. Vous avez bien noté ? Ça ne va pas durer longtemps et 1882, il faut désormais avoir 11 ans le
jour de l’examen.
Il devient alors un passeport pour accéder à certaines formations
administratives ou artisanales, comme quelques écoles d’horlogerie. Pourtant, la
motivation parentale repose parfois sur un autre avantage que procure le
certificat. Son obtention permet d’échapper à la scolarité obligatoire, certains
parents sont heureux de récupérer des bras avec quelques mois d’avance. Par
ailleurs, les critiques fusent contre le certificat qui, selon ses détracteurs,
incite les meilleurs éléments scolaires des campagnes à partir à la ville.
C’est la fuite des cerveaux avant l’heure, mais les chiffres donnent souvent
tort à ceux qui défendent cette théorie. On débat aussi vivement, doit-on
présenter tous les enfants ayant l’âge requis ou le maître doit il sélectionner
ceux qu’il pense capables de le décrocher ? C’est la deuxième proposition qui
s’impose. Néanmoins le certificat reste sur la sellette et est menacé de
suppression à plusieurs reprises.
Bien qu’on continue à s’affronter sur le rôle du certificat, la question
de l’âge semble réglée.
II – La date du certificat d’étude, un
florilège de possibilités ?
Pour vous compliquer un peu la vie, en ce début de XXe siècle, le
certificat a une date assez variable selon les départements ou même les
communes. Selon la presse de l’époque, les sessions se répartissent entre le 20
mai et le 20 juillet selon les contraintes locales, comme les dates des
récoltes. La date peut être différente dans un même département s’il s’agit
d’une école rurale ou citadine, si votre élève est un garçon ou une fille. Attention
donc, votre ancêtre pourrait bien avoir 11 ans le 10 juin, être en âge de
passer le certificat dans un département et pas dans un autre. Ceci peut
donc expliquer les différences entre deux aïeux issus de deux branches
différentes pourtant nés la même année. Je
vous invite à faire un tour dans la presse ancienne pour constater les nombreux
changements de dates qui frappent localement l’examen tous les ans. Il peut s’agir de cas de force majeure, comme
une épidémie de diphtérie, à lire dans ce journal.
III – Le XXe siècle et le passage
progressif à 14 ans
Reprenons, nous nous étions arrêtés, en 1882. L’âge reste alors stable une petite vingtaine d’années, puisqu’en 1910, nouveau changement, on repasse à 12 ans, on a pensé un temps à le remonter à 13 ans. Pendant une année, suite à un texte de 1923, le certificat se passe sur deux ans, première partie à 11 ans, deuxième à 12 ans. Cette réforme éphémère ne convient à personne. Il faut dès 1924, avoir 12 ans au 1er juillet de l’année de l’examen.
![]() |
| La littérature scolaire regorge de livres et cahiers de préparation. |
En 1941, l’âge du certificat
d’études est aligné sur la fin de l’obligation scolaire, c’est-à-dire 14 ans depuis
1936. C’est aussi durant les premières années de la Seconde Guerre que le
nombre de filles présentées à l’examen dépasse celui des garçons. Le certificat
va connaître plusieurs modifications durant les années 1940, avec une
importance accrue de certaines disciplines comme l’éducation physique.
« Candidats
militaires au certificat d’études.
Le
14 juin courant, à Entrevaux (un des chefs-lieux de ma circonscription), six
militaires du 3° d’infanterie ont subi avec succès les épreuves du certificat
d’études primaires. Ces jeunes gens n’étaient pas des illettrés à leur arrivée
au corps ; néanmoins ils avaient dû travailler beaucoup et leur succès est tout
à l’honneur de M. Voirin, capitaine commandant le détachement, un officier fils de ses œuvres, qui suit de très
près
les exercices de l’école ouverte dans sa compagnie.
Ces candidats en pantalon rouge ont fait preuve d’un savoir sûr,
sinon très étendu, et d’une bonne volonté évidente. Ils ne s’en tiendront pas là, du reste, et le
capitaine est bien résolu à continuer leur instruction.
Des candidats vingt-deux ans au certificat d’études, le fait est
assez rare et l’innovation fort heureuse ; voilà pourquoi j’ai pensé à
vous en donner connaissance.
J. Faivre,
Inspecteur primaire à Castellane (Basses-Alpes). »
Cette idée de pouvoir passer son certif’ durant son service qui fut
conservée tout le XXe siècle, jusqu’à la disparition de l’examen. Les académies
organisent même de plus en plus de sessions spéciales pour les conscrits comme
pour les
militaires de carrière. N’hésitez pas à vérifier cette possibilité si vous
trouvez la trace de l’obtention du certificat mais que vous ne détectez pas de
passage de l’examen durant l’adolescence de votre ancêtre.
Les raisons qui ont amené votre
aïeul à ne pas passer le certificat peuvent être multiples :
- scolarité non-suivie jusqu’à
l’âge du certificat.
- non présentation par l’instituteur (certains s’y rendaient
en candidat libre, bravant la sélection du maître)
- cursus suivi hors de
l’enseignement primaire (petit lycée par exemple) où c’est le bac qui était
visé.
- à partir de 1933, concurrence avec l’examen d’entrée en 6e,
les bons éléments délaissent le C.E.P pour se concentrer sur ce nouveau concours.
- Une période de guerre qui n’a pas permis la tenue des examens. Il est aussi possible que votre aïeul soit allé dans un autre département. Ma grand-mère était scolarisée en Loire-inférieure mais a passé son certificat d’études au début de la Seconde Guerre en Finistère.
Les recherches sur le certificat d’études vous conduiront dans les méandres des réformes scolaires mais vous permettront aussi de comprendre en détail les multiples réalités scolaires.
Vous avez envie d’en savoir plus
sur le certificat d’études primaires ? Je vous indique quelques références
en fin d’article. Pour les Nantais, vous pouvez retrouver une exposition
complète sur le sujet, lors des prochaines Journées du Patrimoine à la classe
ancienne de Longchamp (ACMENELA). C’est à
l’occasion de la préparation de cet événement qu’avec d’autres bénévoles que
j’ai commencé à me pencher sérieusement sur le sujet. Ce fut l’occasion de
produire une série de panneaux sur les différentes réformes de l’examen,
visible à l’association.
![]() |
| Dictée de 1933 |
J’espère que ce petit article sur
l’âge de passage minimum du certificat d’études vous donnera envie d’en savoir
plus sur le sujet sans se contenter des clichés qui entourent cet examen mythique.
N’hésitez pas à partir à la recherche de vos aïeux dans les archives scolaires.
Je vous souhaite de belles recherches.
A lire pour aller plus loin :
BOURDIN « Le certificat
d’études primaires, son origine et ses résultats » in Journal de la société statistique de Paris,
tome 24 (1883), p. 10-15
CHASTAING Th. « L’âge
des candidats au certificat d’études. » in Manuel général de l'instruction primaire : journal hebdomadaire des
instituteurs. 76e année, tome 45, 1908. pp. 658-659.
DANCEL Brigitte « Que savent
les élèves sur la guerre 1914-1918 quand ils passent le certificat d’études
dans la Somme entre 1918 et 1926 ? » in Spirale. Revue de recherches en éducation, n°14, 1995.pp. 137-163.
LABEYRIE P. « Le
certificat d'études primaires » in La revue pédagogique, tome 24,
Janvier-Juin 1894. pp. 19-26.
LANGOUËT G. « L'élitisme républicain : du certificat
d'études primaires d'hier aux baccalauréats d'aujourd'hui » in Carrefours
de l'éducation, 2011
SAVOIE Philippe, « Quelle histoire pour le certificat
d’études ? » in Histoire de l’éducation,
85, mis en ligne le 23 mars 2009
.jpg)





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire