lundi 27 septembre 2021

Mince alors… Mon nom de famille n'a pas d’orthographe ?

 



            Comme promis, chaque mois je vous propose à nouveau un article dans la rubrique « Mince alors… ». Elle aborde une question récurrente chez les nouveaux amateurs de généalogie. Après l’identification des causes des décès et la question des photos de famille, penchons-nous aujourd’hui sur le nom de famille. Nombreux sont les Français qui, à défaut de faire une recherche généalogique, se sont interrogés sur leur nom de famille. Leurs recherches leur ont appris en quelques minutes la signification de leur patronyme. Savent-ils néanmoins que sur l’acte de naissance de leur arrière-grand-père, ce nom s’orthographie peut-être tout à fait différemment ? Si aujourd’hui les noms de famille changent peu, quoique que cela arrive encore, ils étaient loin d’avoir une écriture parfaitement fixe il y a quelques générations. Une lettre a changé de place, un accent a disparu ou bien encore votre nom s’écrivait en deux parties. Ceci s’explique, nous allons y revenir, car cela implique aussi quelques précautions dans vos recherches. Je vous propose de vous pencher sur ce problème dans ce nouveau dossier.

            L’anthroponymie, voici une science qui devrait intéresser tout généalogiste. Il s’agit, selon le Larousse, de « l’étude de l'étymologie et de l'histoire des noms de personnes ». Le nom de famille, en France, devient une habitude héréditaire vers le XIVe siècle, sans que ce ne soit encore le cas partout comme le rappelle Anne Lefebvre-Teillard dans son très intéressant article « Le nom propre et la loi ». Il est le squelette de nos recherches généalogiques, il définit les groupes familiaux, hérité du père et/ou de la mère selon les époques et les circonstances. Pourtant, plus nous remontons, plus nous réalisons qu’il est instable et que l’on peut en changer selon les aléas de la vie.

Un nom de famille qui vous apostrophe dans votre généalogie ? Une modification de l’orthographe ? Voici une liste de questions que vous pouvez vous poser si un patronyme et sa forme vous interpellent. Nous allons nous questionner sur ces changements volontaires ou non, produits parfois par la relation à l’écrit de nos aïeux ou encore dus à l’identité du déclarant.

Question n°1 : Ce nom pourrait-il avoir porté préjudice à votre ancêtre ?

Première option, ce nom que vous venez de trouver a été légalement et volontairement changé suite à une démarche de votre aïeul. Voici pourquoi cet arrière-arrière-grand-père a un nom différent de celui de son fils. Comme le rappelle



la courte vidéo d’Archives & Culture « Les changements de noms de famille », on peut, via une procédure changer de nom, totalement ou partiellement. Attention plus vous remontrez le temps, plus le changement de nom se fait facilement, je vous renvoie à l’article d’Anne Lefebvre-Teillard, cité plus haut, pour les détails législatifs du changement de nom à travers le temps.

J’en conviens, je ne commence pas ici par le cas le plus courant, mais le plus légal. Si votre ancêtre a fait une démarche auprès de l’administration, car son nom pouvait lui causer du tort, direction Gallica, pour consulter le Journal Officiel. Serait-ce si étonnant qu’un nom difficile à porter se soit noyé dans l’oubli et que plus personne ne s’en souvienne lors des repas de famille ?      

            Question n°2 : Votre ancêtre savait il lire ?

La question vous semble peut-être nous éloigner du sujet. Pourtant, convenez en, un ancêtre qui ne sait pas lire aura bien du mal à contester une erreur dans la transcription de son nom lors de la relecture de l’acte. La déclaration a longtemps été orale, il y a donc une liberté d’interprétation du curé ou de l’officier d’état civil. Vous pouvez en faire rapidement l’expérience. Installez quatre personnes autour d’une table et dictez quelques noms de famille qui leur sont inconnus, vous aurez peut-être bien quatre formes différentes.

            Pour connaître la relation de votre ancêtre à l’écrit, vous pouvez vous tourner vers l’enquête globale de Louis Maggiolo (réalisée dans les années 1880), bien que la méthode adoptée par ce recteur ait quelques failles. Elle reste une étude immense sur le degré l’alphabétisation en France sous l’Ancien Régime. De façon plus précise, deux supports peuvent rapidement vous renseigner :

-          Les signatures en bas des actes : C’est un support facile à utiliser, mais attention certains ancêtres qui savaient lire peuvent de pas savoir ou pouvoir signer. Ils passeront donc entre les mailles de votre filet.

-          Les fiches matricules : Il faut se référer au niveau d’instruction.       

Votre ancêtre n’a donc pas forcément pu vérifier l’écriture. Un autre écueil lié à cette déclaration orale existe, la barrière de la langue.

            Question n°3 : Votre ancêtre s’exprimait-il couramment en français ?

            La question est importante, si le déclarant et le rédacteur de l’acte ne parlent pas la même langue, il y a des chances que le nom soit encore plus changeant. Un patois ou une langue régionale est parfois difficile à retranscrire « à l’oreille » en français. On trouve en Bretagne de nombreux noms de famille qui intègrent le fameux « c’h », qui a du faire s’arracher les cheveux à quelques officiers d’état civil car sa prononciation est plus proche de notre « r » que du « ch » français.

            De ce problème de compréhension, découlent deux situations :

-          Certains noms ont été traduits phonétiquement et chaque transcripteur y est allé de ses préférences, on se retrouve avec des noms issus d’une même branche totalement différents. J’ai eu bien du mal avec un nom dont la prononciation est probablement à l’origine des multiples variantes : LALLOURET, HALLAOURET L'ALLAOURET, LALOURET… Vous noterez ici l’apparition et la disparition de certaines syllabes. 

-          Certains noms ont vu finalement l’orthographe des actes prendre le dessus : C’est par exemple le cas du nom  HERGOUARCH qui a souvent perdu son apostrophe, qu’on retrouve sous d’autres formes comme HERGOUALC'H. Essayez donc de prononcer ça si vous n’êtes pas bretonnant ! Je vous laisse imaginer l’officier d’état civil quand il n’avait pas de support écrit auquel se référer.

J’ai pris ici le cas de la langue régionale, mais vous trouverez aussi ces changements pour les personnes venues de l’étranger lorsqu’ils ne possédaient pas de document donnant un exemple de transcription. Vous pouvez à ce propos lire le court papier d’Albert Dauzat, sur Persée, qui se penche sur un nom tchèque et son origine franco-allemande : Dauzat Albert. Vermouzek < Marmouset, nom de famille tchèque. In: Revue Internationale d'Onomastique, 6e année N°4, décembre 1954. p. 314.


            Question n°4 : Ce nom est-il issu d’une traduction ?

            La différence de langue entre le déclarant et l’administration peut parfois aussi entraîner plus qu’un simple changement de lettre, d’accent ou de syllabe. Certains noms sont traduits. Dans mon arbre, j’ai par exemple des MANACH qui deviennent parfois des LE MOINE, une femme qui selon les actes s’appelle LE BRAS ou LE GRAND (je croise ces cas au XVIIIe). Pensez donc à vous munir d’un dictionnaire en cas de région ayant deux langues, ou lors d’une émigration d’un de vos aïeux.   

            Question n°5 : Ce nom peut-il s’écrire en plusieurs parties ?

            Parfois les noms changent pour une autre raison, ils sont redécoupés. Je m’explique. Mes LEROUX peuvent s’orthographier LE ROUX, mes GAC sont parfois des LE GAC. Un de mes cousins, lors d’une de mes premières conversations téléphoniques, s’était étonné de l’ajout de ce LE. Il s’agit pourtant bien de la même famille. Poussons l’exemple de ce redécoupage un peu plus loin. Un de mes élèves, en remontant sa lignée agnatique (d’homme en homme), a découvert que le nom de DEMANGE n’était en effet qu’un morceau du patronyme d’origine. Son aïeul Augustin JEANDEMANGE né en 1745, est le fils de Jean Nicolas JEANDEMANGE. A son décès Augustin ne s’appelle plus que DEMANGE, nom qui est arrivé jusqu’à nous. La première partie du nom a tout simplement disparu, peut-être prise pour un second prénom ? Nous l’ignorons, on sait que le patronyme de JEANDEMANGE pourtant a été transmis à une grande partie des frères et sœurs d’Augustin. Erreur de transcription ? Volonté de l’intéressé de se distinguer, de se détacher de sa fratrie à l’âge adulte ? S’attacher fictivement à une famille DEMANGE importante ? Vous le voyez, sans preuve, on peut laisser l’imagination trouver mille raisons à une telle modification.

            Question n°6 : Qui est donc le déclarant ?

            Si dans le cas d’un acte de mariage, le principal intéressé est là pour corriger son nom, autant qu’il puisse le faire, ce n’est pas toujours le cas. Les erreurs peuvent venir du fait que la personne déclarante n’est pas porteuse du nom et est incapable de l’orthographier. Ainsi à une naissance si un membre de la famille n’est pas présent, il arrive que ce soit une personne extérieure qui se rende à la mairie. Une sage-femme qui vient d’accoucher la jeune mère ne connaît pas forcément l’orthographe du nom du nouveau-né. De même lors d’un décès il s’agit parfois d’un voisin, qui ne connaît que vaguement l’identité exacte du décédé. Il est donc important d’étudier l’identité du déclarant et sa proximité avec la famille concernée. Savez-vous orthographier correctement les noms de vos voisins, collègues et amis si vous ne les avez jamais vus écrits ?

            Question bonus : Comment intégrer ces variantes dans ma généalogie ? 

            Voici un point essentiel pour le généalogiste, que faire de ce carnaval de noms à l’heure de créer ou de mettre à jour nos fiches généalogiques. Je n’ai qu’un conseil, enregistrer toutes les variantes que vous croisez dans les actes concernant la personne que vous étudiez. J’entends des petites voix qui murmurent qu’il n’y a qu’une case pour le nom de famille. Plusieurs possibilités pour noter ces variantes :

-          Pour les individus qui ont un nom en deux parties, j’utilise les parenthèses, par exemple (LE) Gac. Attention dans ce cas, dans la liste des noms, mon logiciel classe ces personnes avant les A dans l’ordre alphabétique. En effet un symbole « ( », n’a pas sa place dans l’alphabet.  

-          Pour les personnes ayant des variantes orthographiques, j’utilise ce signe « / » pour séparer les différentes formes,  par exemple Jeanne GUILLERMOU / GUILLERMO / GUILLERMEAU / GUILLERM ou Marie LE YAOUANC / LE JAOUANC / LE JEUNE / LE JEUSNE.

N’hésitez pas en commentaire à indiquer votre méthode pour enregistrer les variantes orthographiques.

Arrivée au terme de cet article, j’espère vous avoir éclairé. Alors pas de panique votre généalogie sera faite de découvertes y compris sur votre nom de famille. Si cette facette de leur recherche semble troubler les débutants en généalogie, elle n’a pas fini de leur compliquer la vie lors de la lecture des actes. Ce n’est que le début des obstacles qu’ils vont rencontrer et qui font le sel de la généalogie.

Bonne recherche.

P.S. : Besoin d’un coup de main ? Nantais (44) ou Concarnois (29), il reste des places pour les cours de généalogie, n’hésitez pas à me contacter.


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