vendredi 20 février 2026

Le Sourire d’Auschwitz, des cases et des bulles contre l’oubli.



                Depuis l’année passée, je n’ai pas soumis de BD, dans mes conseils de lecture. Je vous propose aujourd’hui un ouvrage d’une autrice dont je vous ai déjà présenté des travaux sur le blog, Stéphanie Trouillard. Je vous avais parlé de son enquête généalogique sur son oncle, STO et résistant. La BD, Le Sourire d’Auschwitz, qui nous intéresse aujourd’hui, se rapproche plus du travail d’enquête qu’elle avait mené autour de la déportée Louise Pikovsky. Cette fois-ci, une photo interpelle le lecteur, qui est donc cette jeune fille qui, aux portes de l’enfer, garde le sourire ? Cette fois, la journaliste se lance sur les traces de Lisette Moru, jeune morbihannaise de 17 ans, prise dans la folie de la guerre, morte en mars 1943.

                Lisette Moru est une petite main de la résistance, tombée dans les limbes de l’histoire. Le dernier cliché de la jeune morbihannaise est sa photo d’identification à l’entrée d’Auschwitz où elle a fini ses jours. Ils sont des milliers qui, bien que reconnus pour leurs actions de résistance immédiatement après la guerre, ne sont plus connus dans la mémoire collective, même locale. L’enjeu de la BD est surtout là, plus encore que dans le cheminement de recherche de la journaliste. Pourquoi certains noms se sont imposés et d’autres n’ont pas bénéficié du même traitement ?

Lisette et son ami Louis sont des résistants, jeunes, qui ne laissent aucune descendance pour entretenir la mémoire. Stéphanie doit interroger les cousins, les amis. Par ailleurs, les deux jeunes gens ne s’attaquent pas de manière spectaculaire aux Allemands, c’est avant tout un travail de fourmis, de renseignements, parfois avec une certaine inconscience des risques. Ce ne sont pas les sabotages de rails, les évasions des prisonniers, les attaques de gradés allemands, les réseaux tentaculaires… C’est une résistance en souterrain, peu cinématographique mais tellement importante.

L’enquête de Stéphanie soulève aussi une autre raison primordiale qui explique cet oubli, l’implication d’autres habitants qui collaboraient avec les allemands, qui apparaissent dans les archives. C’est en effet la colère de Louis et Lisette contre ceux qui s’accommodent si bien de la cohabitation avec l’occupant qui mènera à leur arrestation. Après la guerre, il faudra gérer cette mémoire, les collaborateurs ont parfois survécu, les résistants souvent ne sont plus. On condamne et on passe, en partie, à autre chose. En racontant l’histoire de Lisette, Stéphanie Trouillard reprend un thème déjà évoqué dans Le village du silence, la construction d’une mémoire acceptable dans l’immédiate après-guerre.

 C’est un beau livre, qu’on lit presque trop vite, que ce Sourire d’Auschwitz. Il convient aux adultes mais aussi aux adolescents. Il rejoindra donc mes listes de lecture pour mes 3e et mes terminales. Il est aussi intéressant pour les amateurs de recherche historique comme les généalogistes dont la lecture s’orientera sur les étapes de l’enquête et la variété des documents utilisés. On appréciera toujours le travail juste, les portraits jamais manichéens, et la question de la construction de la mémoire qui sont le fil rouge de son travail. La plupart de ses enquêtes donnent aussi lieu à une reconnaissance via des cérémonies ou des plaques commémoratives. Rien n’est vain, vos enquêtes généalogiques peuvent aussi s’en inspirer.   

Je vous souhaite une très bonne lecture, n’hésitez  pas à parcourir les autres travaux de Stéphanie Trouillard.  

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