Depuis l’année passée, je n’ai pas soumis de BD, dans mes conseils de lecture. Je vous propose aujourd’hui un ouvrage d’une autrice dont je vous ai déjà présenté des travaux sur le blog, Stéphanie Trouillard. Je vous avais parlé de son enquête généalogique sur son oncle, STO et résistant. La BD, Le Sourire d’Auschwitz, qui nous intéresse aujourd’hui, se rapproche plus du travail d’enquête qu’elle avait mené autour de la déportée Louise Pikovsky. Cette fois-ci, une photo interpelle le lecteur, qui est donc cette jeune fille qui, aux portes de l’enfer, garde le sourire ? Cette fois, la journaliste se lance sur les traces de Lisette Moru, jeune morbihannaise de 17 ans, prise dans la folie de la guerre, morte en mars 1943.
Lisette
Moru est une petite main de la résistance, tombée dans les limbes de
l’histoire. Le dernier cliché de la jeune morbihannaise est sa photo d’identification
à l’entrée d’Auschwitz où elle a fini ses jours. Ils sont des milliers qui, bien
que reconnus pour leurs actions de résistance immédiatement après la guerre, ne
sont plus connus dans la mémoire collective, même locale. L’enjeu de la BD est
surtout là, plus encore que dans le cheminement de recherche de la journaliste.
Pourquoi certains noms se sont imposés et d’autres n’ont pas bénéficié du même
traitement ?
Lisette et son ami Louis sont des
résistants, jeunes, qui ne laissent aucune descendance pour entretenir la
mémoire. Stéphanie doit interroger les cousins, les amis. Par ailleurs, les
deux jeunes gens ne s’attaquent pas de manière spectaculaire aux Allemands,
c’est avant tout un travail de fourmis, de renseignements, parfois avec une
certaine inconscience des risques. Ce ne sont pas les sabotages de rails, les
évasions des prisonniers, les attaques de gradés allemands, les réseaux
tentaculaires… C’est une résistance en souterrain, peu cinématographique mais
tellement importante.
L’enquête de Stéphanie soulève
aussi une autre raison primordiale qui explique cet oubli, l’implication d’autres
habitants qui collaboraient avec les allemands, qui apparaissent dans les archives. C’est en effet la colère de
Louis et Lisette contre ceux qui s’accommodent si bien de la cohabitation avec
l’occupant qui mènera à leur arrestation. Après la guerre, il faudra gérer
cette mémoire, les collaborateurs ont parfois survécu, les résistants souvent
ne sont plus. On condamne et on passe, en partie, à autre chose. En racontant l’histoire
de Lisette, Stéphanie Trouillard reprend un thème déjà évoqué dans Le village du silence, la construction d’une mémoire acceptable dans
l’immédiate après-guerre.
C’est un beau livre, qu’on lit presque trop
vite, que ce Sourire d’Auschwitz. Il
convient aux adultes mais aussi aux adolescents. Il rejoindra donc mes listes de lecture pour mes 3e et mes terminales. Il est aussi intéressant
pour les amateurs de recherche historique comme les généalogistes dont la
lecture s’orientera sur les étapes de l’enquête et la variété des documents
utilisés. On appréciera toujours le travail juste, les portraits jamais
manichéens, et la question de la construction de la mémoire qui sont le fil
rouge de son travail. La plupart de ses enquêtes donnent aussi lieu à une reconnaissance
via des cérémonies ou des plaques commémoratives. Rien n’est vain, vos enquêtes généalogiques
peuvent aussi s’en inspirer.

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