dimanche 8 février 2026

Mince alors… Le contemporain, ennemi du généalogiste ?

 


                Disons-le de suite, le titre est un tantinet exagéré, mais la question est délicate. Je vous avoue que je ai longtemps envisagé et remis au lendemain ce travail : écrire un article sur le traitement des contemporains en généalogie, ce n’est pas simple. J’y avais touché du doigt dans un article, il y a trois ans, Mince alors… On m’a volé mes aïeux ? . Je vous y avais expliqué que, côté juridique, il y avait bien sûr un distinguo important entre un vivant et un mort quant à ce qu’on pouvait afficher sur un arbre en ligne.

Néanmoins, je reste un peu insatisfaite. On voit souvent sur les groupes d’entraide des chamailleries à ce propos, des refus nets de répondre à une question d’un débutant car ses recherches concernent des contemporains. Combien de fois ai-je lu «  il s'agit de contemporains, ce n'est pas de la généalogie ». Mais qu’est-ce qu’un contemporain en généalogie ?

                I - Un petit tour dans le dictionnaire : « Contemporain », voici un mot qui pose toujours problème, je le vois même avec mes élèves du primaire et du secondaire. Il faut dire qu’avec ses multiples définitions il est un peu fourre-tout en histoire, en art, dans l’actualité ! Déjà que c’est un adjectif et un nom, les sens sont multiples : « Qui existe en totalité ou en partie pendant la même période », « Qui appartient au temps actuel », « Qui est caractéristique du temps actuel », « Qui se situe après l'époque dite moderne, après 1789 »… C’est un peu fouillis tout cela.

-          Commençons par « l’époque contemporaine », qui historiquement débute en 1789, et pour laquelle il n’a pas encore été fixé de date de fin. Ce n’est pas cette définition qui va nous convenir en généalogie. Tout aïeul né après la Révolution, n’est pas un contemporain au sens où l’entendent les généalogistes. Ils appartiennent effectivement à l’époque contemporaine (1789 à nos jours) mais quand on parle de contemporains en généalogie, ce n’est pas à cette définition que nous faisons référence.

-          L’art contemporain quant à lui concerne la période 1945 à nos jours, mais nos ancêtres n’étant pas des œuvres d’art nous allons passer notre chemin.

-          Il y a une autre expression qui va nous aiguiller « être contemporain de quelqu’un.. ». On l’utilise certes moins, mais elle permet de situer des personnes par rapport à d’autres : Victor Hugo est le contemporain de Guy de Maupassant par exemple. Les contemporains seraient donc les personnes ayant vécu en même temps que le généalogiste amateur en recherche. C’est là que ça peut coincer dans notre raisonnement généalogique. En effet, selon notre âge, notre notion de contemporains peut varier. J’ai récemment vu sur un groupe un généalogiste qui faisait des recherches sur une personne née dans les années 1920 et décédée en 2004. Pour certains commentateurs, c’était, sans doute possible, des recherches sur des contemporains. Pourtant pour un jeune généalogiste de vingt-ans, il n’était même pas encore né au décès de la personne recherchée, il n’est donc pas son contemporain.      

Petit point d’attention n°1 : On pourrait tomber sur un autre os, être contemporain ne dépendrait alors pas seulement de la génération mais de sa date de décès. Si on étudiait des jumeaux nés en 1930 dans un arbre, morts à un demi-siècle d’écart, l’un pourrait être contemporain au chercheur et pas l’autre. Cette définition ne tient donc pas.

Vous aurez compris que définir ce qu’est un contemporain en généalogie est tout sauf une évidence. Avant de voir les réponses trouvées par la communauté généalogique et les entreprises du secteur, il convient de se demander pourquoi donc se torturer avec cette question qui semble insoluble.

II – Quand le droit et la généalogie se heurtent. Ce n’est pas la première fois que les recherches généalogiques doivent faire un détour par les textes juridiques. Il ne faut pas être allergique aux articles de loi et autres documents de cet acabit quand on fait de la généalogie. Cela va guider vos recherches, permettre aussi de connaître vos droit d’accès aux archives, et ce que vous pouvez faire des informations que vous récoltez. C’est pour cela que la notion de contemporain est très souvent convoquée sur les forums de généalogie.

La notion de contemporain est importante car, à tort, elle est parfois vue comme une simple barrière juridique. C’est bien plus compliqué que ça, on a le droit de faire des recherches sur une personne qu’elle soit vivante ou décédée. Selon l’époque, nous n’avons néanmoins pas accès aux mêmes sources, nous avons déjà parlé de ces limites fixées par la loi et des délais de communicabilité. Faire des recherches sur une personne, ce n’est pas forcément faire de la généalogie, me direz-vous. Même si la première définition donnée pas le dictionnaire de généalogie est « Dénombrement, par filiation, des ancêtres d'un individu. », on sait ici que la généalogie passe aussi par la recherche des cousins ou qu’il existe des généalogies descendantes. Certaines personnes par ailleurs font des recherches généalogiques sur des ascendants très récents, sur leurs propres parents qu’ils ne connaissent pas. On peut donc difficilement définir une période où la généalogie serait légitime. Les délais d’archives, qui visent justement à protéger les personnes vivantes et les informations, changent parfois si la personne est décédée ou non.

Point d’attention n°2 : Un dernier problème de taille vous attend. Quand vous publiez une information sur un arbre en ligne, si vous choisissez de ne considérer comme contemporains que les vivants, vous allez vite être bloqué, car il arrive régulièrement de créer une fiche sans savoir si la personne est toujours en vie.

III – Concrètement, comment gérer cette notion de contemporain en généalogie ? Ça y est, vous êtes encore là ? Vous êtes sûrement encore plus dans le flou qu’au début de votre lecture. Maintenant que nous avons vu qu’une définition est presque impossible, il nous faut bien des solutions.

Allons voir du côté de Geneanet qui nous propose de masquer les contemporains sur notre arbre en ligne. Ici on ne s’interroge pas sur vivant ou non, ce qui suscite aussi des débats sur le forum. Sur le site, quand vous décidez de masquer les contemporains, le paramètre s’applique à toutes les personnes nées il y a moins de 100 ans. Le gros site de généalogie suit une sorte de consensus admis dans le milieu de la généalogie, il faut un siècle pour ne plus être un contemporain. C’est la norme que je vous conseille d’adopter pour vos mises en ligne. Gardez bien en tête que ça ne correspond pas à une définition précise. Il y quelques années, on pouvait toujours se dire que ce délais était calqué sur la communicabilité française des actes intégraux des naissances par exemple. Ça ne marche pas car elle est passée de 100 ans à 75 ans, mais c’est comme ça.

Pour rappel, aux yeux de la loi, même pour un centenaire, on ne peut mettre les informations d’une personne vivante en ligne sans son accord.  

Point d’attention n°3 : Vous le voyez arriver le paradoxe des 100 ans mixé avec le distinguo entre mort et vivant. Imaginez que vous ayez votre grand-mère de, disons 101 ans, qui mange avec vous tous les dimanches. Avec le délai des 100 ans ce n’est plus une contemporaine, avec la règle qui privilégie les vivants, elle est une contemporaine. Imaginez toujours que parmi les enfants qu’a eu votre grand-mère, un de ses fils, qui aurait aujourd’hui 62 ans, soit décédé à l’âge de 18 ans. La loi considère que ses données ne sont plus à protéger, la coutume généalogique des 100 ans le considère comme un contemporain. Un parent peut donc être en vie, ne plus être un contemporain, généalogiquement parlant, mais son enfant décédé l’être.

                Gérer le contemporain c’est un sacré casse-tête, d’autant que les masquer nous font régulièrement rater des rencontres avec des cousins généalogistes. Je n’ai pas de solution miracle à vous proposer, ni de recette parfaite. Cet article vise surtout à vous faire prendre conscience qu’on ne peut balayer la question et que dans l’idéal il faudrait traiter chaque fiche individuellement, au cas par cas. Il faudra aussi vous attendre à réfléchir et parfois à ressentir un certain soulagement quand vous remontrez suffisamment loin pour ne plus avoir à vous soucier de cette question.

                La généalogie, si vous la partagez, la pratiquez en ligne, souhaitez la transmettre dans ou en dehors du cercle familial, c’est aussi beaucoup de questions sur les limites que nous nous fixons. Rappelez-vous que ces noms sur vos fiches sont des personnes. N’oubliez pas non plus que selon votre âge vous ne portez pas le même regard sur le temps passé. Je ne vous ai pas apporté de réponses mais j’espère vous avoir tout de même éclairé sur les enjeux.

                Je vous souhaite de belles recherches à tous, la généalogie c’est avant tout beaucoup de plaisir.

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