vendredi 29 mars 2024

Mince alors… les arbres en ligne sont-ils piégés ?

 

            Pour le « Mince, alors… » de mars, nous allons profiter de l’arrivée du printemps pour aller admirer les forêts d’arbres généalogiques qui grossissent chaque jour. Souvent, la généalogie se découvre, désormais, en ligne. On arrive rapidement sur des sites très connus qui proposent des milliers de généalogies déjà établies et les novices y voient du pain béni. Je vais les décevoir tout de suite, c’est plutôt un cadeau empoisonné. Ils sont à l’origine de beaucoup de mauvaises habitudes dont j’ai déjà pu parler dans cette rubrique comme Mince alors, en généalogie, servir sur un plateau n’est pas toujours aider. Je constate souvent sur les groupes d’entraide que les petits nouveaux les perçoivent comme des sources sûres, que dis-je, comme La source par excellence ! Ils tombent tous dans un piège dont on peut se demander qui a intérêt à le tendre.

Prologue : Revenons une quinzaine d’années en arrière, je commence ma généalogie, et j’arrive rapidement sur geneanet, j’y suis inscrite depuis novembre 2009. Je n’ai pas trouvé grand-chose au départ, vous verrez que ce n’est pas si mal. J’ai très peu de cousins et encore moins de généalogistes parmi eux. J’ai donc commencé par les documents en ma possession et les informations données par mes parents. Je suis partie, comme je vous le recommande, des documents familiaux. Néanmoins, plus vous remontez, plus vous avez de chance de croiser une branche déjà débroussaillée. La tentation des débutants est de recopier, j’ai dû le faire aussi. C’est pourtant là que l’on s’éloigne du travail généalogique, mais prenons notre temps pour bien comprendre le rôle des arbres en ligne dans nos recherches aujourd’hui.

I : Les arbres en ligne, la révolution généalogique de la fin du XXe siècle.

Sur Geneanet, Filae (anciennement généalogie.com), Ancestry, My Heritage, des milliers d’arbres sont disponibles et évoluent chaque jour. C’est la grande révolution de la généalogie avec l’arrivée d’internet : la possibilité d’accéder aux travaux des autres généalogistes. Chacun peut y mettre, gracieusement, le fruit de ses recherches. Ceci comporte de nombreux avantages, surtout qu’une messagerie intégrée permet de contacter les dépositaires des arbres. Les atouts sont nombreux, en voici quelques-uns :

-          Retrouver des cousins, plus ou moins éloignés (éloignement de parenté ou éloignement géographique).

-          Echanger avec les autres chercheurs à propos de documents parfois inaccessibles puisque conservés dans des archives familiale (exemples : les photos de famille, les livrets militaires, les cartes d’identité…).

-          Rendre accessible son travail à un cercle plus large que la famille proche et permettre d’autres travaux généalogiques (exemples : généalogie d’un village, reconstitution des parcours des soldats d’une commune…).

-          Lier son travail à des documents en ligne, possédés par différents sites dont les indexations se multiplient (exemple : Ancestry s’illustre dans ce domaine, mais le travail sur les tombes ou les plaques commémoratives sur Geneanet est aussi dans cette veine).

Je pense que vous aurez compris l’idée, je trouve les arbres en ligne formidables, je n’ai rien contre mais il faut absolument en connaître les limites. Souvenez-vous aussi qu’en mettant des données en ligne vous ne pouvez pas mettre tout ce qu’il vous plait, je vous avais proposé une fiche à ce propos. Renseignez-vous bien sur les délais de communicabilité des informations que vous mettez en ligne.

Le risque est de se laisser happer par ces immenses bases de données et d’oublier les principes  de la recherche, le doute qui doit nous habiter en permanence.

II : Les arbres en ligne tiennent-ils leur promesse ?  

Un des sites généalogiques des plus en vogue en France affiche fièrement en page d’accueil pour appâter les néo-généalogistes : « Votre généalogie a-t-elle déjà été faite ? ». Il ne se vend plus comme un site de partage, une béquille à la recherche, mais comme une base qui permettrait d’accéder directement à sa généalogie toute faîte, un self-service en somme. De cette situation découlent désormais, sur les groupes d’entraide en ligne, des messages assez désarçonnants se plaignant « qu’ils ne trouvent pas leur arbre sur le site ».

Cette remarque, assez caricaturale, n’est qu’une partie émergée d’un problème que je remarque de plus en plus : une partie des généalogistes amateurs ne dépasse pas l’univers des arbres en ligne. Ils recopient, parfois consciencieusement, des arbres complets, heureux d’avoir trouvé un morceau de la généalogie. Voici donc, notre débutant butinant d’arbre en arbre pour reconstituer le puzzle de son histoire familiale, jusqu’à ce qu’il bloque car personne n’a encore exploré sa branche.

C’est à ce moment qu’il découvre parfois ce drôle de sigle « AD ». Un généalogiste plus chevronné, lui apprend que c’est là qu’il devrait chercher les informations : les archives départementales (exemple pour une généalogie française). C’est un phénomène intéressant à observer sur les groupes d’entraide, car c’est un moment important dans l’apprentissage de la pratique généalogique : prendre conscience que toute information doit être validée par des documents, qu’il faut retourner à la source. En généalogie, autant que faire se peut, des documents doivent étayer vos affirmations. Ces documents peuvent être de nature variable, mais votre arbre en ligne doit être un compte rendu des informations récoltées dans ces sources qui doivent être indiquées le plus précisément possible sur la fiche de l’individu (référence du document aux archives et un renvoi au document s’il est disponible en ligne).

Dans quelques cas, vous ne pouvez accéder au document immédiatement (en cours de numérisation par exemple), il est possible dans ce cas d’entrer l’information jusqu’à vérification, mais indiquez bien le relevé ou l’arbre où vous avez trouvé l’information. Quand vous aurez accès au document vous compléterez la fiche avec les références.

Les arbres en ligne ne sont pas des sources en généalogie, ils sont des panneaux indicateurs, ils vous guident mais vous ne pouvez les copier aveuglément, il vous faut retourner à la source. Je vais achever de vous convaincre en vous parlant d’une pratique qui s’est développée, les arbres piégés.

III : Les arbres volontairement erronés, une pratique discutable  

Une pratique plus que contestable, très minoritaire, s’est développée depuis quelques années : disséminer dans son arbre en ligne des informations piégées. Certains généalogistes excédés par ceux qu’ils nomment les « pilleurs » glissent dans leurs arbres quelques données qu’ils savent parfaitement fausses. En effet, certaines personnes recopient sans vergogne, sans vérifications, pour faire du nombre, les arbres des autres et se font ainsi piéger. Nous allons prendre un exemple.

Admettons que Jacques ABGRALLL soit né en le 20 février 1776 à Srignac, information que vous avez relevée dans le registre paroissial des archives. Vous allez noter dans votre arbre qu’il est né le 20 avril 1776. Quand vous retrouverez cette information sur un autre arbre, aucun ne doute il s’agit d’un copieur qui n’est pas retourné à la source puisque cette information n’existe pas dans les archives, c’est une pure invention. Vous avez donc marqué au fer rouge les personnes qui recopient sans vérifier.  

A titre personnel, même si j’entends bien les motivations de ceux qui la défendent, je ne soutiens pas cette pratique. Il est déjà courant de faire des erreurs, ce n’est pas la peine d’en rajouter volontairement. Néanmoins, je l’explique à mes élèves pour rappeler à quel point les arbres en ligne peuvent les emmener sur une mauvaise piste et que, décidément, il convient de vérifier.

 

Les arbres en ligne sont devenus essentiels dans notre pratique de la généalogie, néanmoins nous devons les utiliser avec précaution, surtout quand nous débutons et que nous manquons de recul. Les sites de mise en ligne jouent un double jeu, ils veulent toujours plus d’arbres pour augmenter leurs bases, peu importe si un individu est répliqué des dizaines fois, sans mettre en place un système de vérification et validation. Cela serait chronophage et ralentirait terriblement la mise en ligne de nos généalogies en plus d’être colossale en matière de moyens humains, on ne peut nier que ceci serait un idéal. Par ailleurs, je vous ai largement parlé de bonnes pratiques sur les groupes d’entraide, pour les arbres en ligne je vous recommande aussi d’écrire aux personnes qui travaillent sur les mêmes branches que vous, les échanges vous apporteront bien plus qu’un simple travail de copie. Les arbres en ligne évolueront, je n’en doute pas, mais pour l’instant rappelez-vous qu’ils ne sont pas une source en eux-mêmes, c’est seulement une vitrine qui peut vous inspirer.

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    Merci pour ce rappel très pertinent.
    Nous faisons notre généalogie en famille. Ma mère a commencé dans les années 1970, "à l'ancienne", en écrivant aux mairies et aux services d'archives.
    Au début des années 2000, elle a transféré le fruit de ses recherches sur internet. Le service proposé par certains sites semblait presque miraculeux. La généalogie semblait devenir tellement plus simple et rapide ! Grisées par ces découvertes si faciles, nous avons validé un tas de "correspondances" sans vérifier les sources des uns et des autres. C'était tellement tentant et l'on n'avait alors aucun recul sur ces outils.
    Depuis, nous avons entrepris de reprendre chaque fiche pour vérifier les informations et chercher systématiquement les actes. C'est long mais tellement satisfaisant de savoir que le travail est désormais "bien" fait.
    Aujourd'hui, les correspondances proposées par tous ces sites nous sont très utiles pour découvrir de nouvelles pistes, tant pour notre arbre que pour mes recherches sur l'histoire locale de mon village mais nous vérifions systématiquement les sources.
    C'est ce qui s'appelle apprendre de ses erreurs et c'est comme cela qu'on progresse. Cela étant dit, je suis un peu agacée par le fait que ces sites continuent de vendre du rêve à des personnes un peu naïves ou inexpérimentées. On est à la limite de la publicité mensongère.

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